Mon enfant fait trop de bruit, au secours !

 

Votre enfant aime le bruit ? Le mien aussi ! Mon fils percute, entrechoque, tapote, martèle, tambourine, gratte, chante, fredonne, particulièrement dans les moments où il s‘ennuie, pour combler le vide et l’inactivité. Inutile de préciser que pour le reste de la famille, c’est souvent crispant et parfois totalement insupportable.

Il est aussi parfaitement capable de calme et concentration lorsqu’il recense les 250 pouvoirs conférés aux pirates du manga One Piece quand ils mangent des fruits du démon, mais même alors, il peut plusieurs minutes plus tard restituer les principaux éléments de la conversation que nous avons eu sa mère et moi dans la même pièce. Pour lui, entendre une ou deux fois une chanson suffit pour la savoir par cœur. Il écoute la musique de Kung-Fu panda, peut en fredonner la mélodie… et peut en rejouer les premières notes au piano.

 

Tout petit il était capable d’entendre ce que nous chuchotions à l’autre bout de la pièce. Les bruits environnants le rassure. Il est capable de saisir les moindres subtilités de chaque intonation, les variations de tonalités et si je lui apparais énervé ou un peu dur, il peut me répondre en criant, souvent à ma grande surprise (mais quelle mouche le pique !), ou au contraire m’ignorer. Il entend tout, même concentré sur le nombre d’épines dorsales d’un dragon ou le temps comparé de gestation d’une éléphante et d’une baleine (22 mois contre 12 mois : Maman Éléphant est formidable !). Tous les soirs depuis 10 ans, je lui réinvente une berceuse: perpétuellement la même mélodie, mais chaque soir improvise une nouvelle histoire basée sur les souvenirs de vacances et la nature.

 

Finalement, rien que de très normal, tous les enfants ne sont-ils pas comme ça, aimant faire du bruit et écouter de la musique ?

 

Ma fille est telle un volcan en sommeil : calme à l’extérieur, mais à l’intérieur ça chauffe. Et bien heureusement elle gronde et laisse échapper des fumerolles à l’occasion. C’est une petite fille qui un jour a eu le coup de foudre pour Lola la peluche souris rose, et qui depuis ne la quitte plus. Lola fait partie de la famille et partage nos weekend et nos voyages. Elle lui raconte des histoires et lui fait vivre des aventures façon Calvin et Hobbes. Elle a l’intuition de ce que nous ressentons, et vient nous faire des câlins quand elle perçoit que quelque chose nous chagrine. Le revers de la médaille est que ce don d’empathie lui confère une très grande sensibilité qui peut déborder en colères ou grandes tristesses. Cette sensibilité se situe sur le plan des ressentis, mais se complète d’une grande sensibilité physique : les chaussettes et leurs coutures, ah quelle aventure ! Les étiquettes en haut des cols, ce n’est vraiment pas de bol ! Les odeurs un peu fortes, la lumière du matin, les goûts différents dans l’assiette, les habitudes qui changent, ce n’est pas chouette quand on mange !

 

Finalement, rien que de très normal, tous les enfants ne sont-ils pas comme ça, jouant passionnément avec leur doudou et chatouilleux sur le contenu de l’assiette ?

 

Puis un jour j’ai découvert le livre de Priscilla Dunstan. Musicienne dotée d’une oreille absolue, elle a réalisé un jour en écoutant son fils pleurer (mais pourquoi est-ce qu’il pleure ?) puis en écoutant celui de la voisine, que “tous les bébés produisaient les même sons et les mêmes pleurs pour les mêmes causes”. Elle savait que personne ne la croirait sans preuve. Mais là, coup de chance ! Devinez quelle est la profession du papa de Priscilla, Max Dunstan ? Max est un psychologue et universitaire, directeur d’un centre d’évaluation psycho-cognitif pour enfants. Père et fille montent aussitôt une étude de grande ampleur sur un millier d’enfants appartenant à plusieurs groupes ethniques répartis sur plusieurs pays. Conclusion : quelque soit l’ethnie, la langue, le pays, la famille, les pleurs des bébés sont identiques pour des causes identiques.

Au cours de cette étude, à force d’observation, Priscilla Dunstan aboutit à une autre certitude : chacun d’entre nous aurait un mode majeur de fonctionnement, un type dominant de compréhension et de communication, un sens privilégié qui conditionnerait notre rapport au monde. Tous les enfants naissent avec un sens dominant. Connaître le sens dominant de son enfant est un outil pour mieux le comprendre et interagir avec lui.

 

Tout cela, elle l’explique et le développe avec de nombreux exemples dans “Parler le langage sensoriel de votre enfant : la clé d’une parentalité efficace de la naissance à l’âge de cinq ans”.

Parler le langage sensoriel de votre enfant

 

Au premier abord, l’idée développée par Priscilla Dunstan a un côté léger et ludique comme les tests que l’on trouve dans les magazines : “Êtes-vous plutôt culture urbaine ou nature solitaire ? Cerveau droit ou cerveau gauche ? Entrée ou dessert ?”, et donc, dans notre cas,  “Tactile ou visuel ? Olfactif ou auditif ?”

Mais Priscilla Dunstan a prouvé qu’elle savait valider ses observations par de longues études scientifiques. Et l’idée de rechercher chez son enfant un sens dominant comme outil d’aide à la relation parent-enfant est plutôt séduisante. Ici, il s’agit surtout de cesser de voir (car voir est un acte passif) pour réellement entrer dans l’action, en regardant, en observant, en portant toute son attention sur son enfant.

 

Voici les quatre langages sensoriels pour quatre profils d’enfant :

Les enfants tactiles

Bébés, ils veulent être portés, promenés pendant l’allaitement, touchés mais uniquement par papa ou maman. Ils ont besoin de prendre, de toucher, de goûter et sont très actifs, en recherche de contact physique. Ils s’endorment en mouvement, dans les bras de Maman, dans la poussette ou le porte-bébé.

Après un an, leur goût pour les contacts physiques, les câlins, les bousculades sont évidents. Pour attirer l’attention, ces enfants poussent, agrippent, tirent les jambes, les bras, les mains. Tirer, pousser, câliner est leur façon d’exprimer leurs émotions. Sans cesse, ils tripotent les jouets pour les reposer peu de temps après. Leur attention ne cesse de changer d’objet. Ils se mettent en colère en gigotant de tout côté et adorent manger avec les doigts en s’en mettant partout.

De 3 à 5 ans, l’enfant tactile aime bien semer la pagaille un peu partout, ne tient pas en place à table, adore manger avec les doigts en se baladant dans le salon, se défend physiquement, adore jouer en groupe et réclame des câlins.

Les enfants visuels

Bébés, ils veulent toujours avoir papa ou maman en ligne de mire, et s’agitent ou pleurent quand ils les perdent de vue. Vous serez bien plus tranquille, et bébé aussi, si dans la poussette-landau bébé vous fait face et peut vous observer. Ils aiment les couleurs vives et tendent à délaisser les objets ternes. Tout ce qu’ils peuvent voir les intéressent, et il suffit qu’un objet change de place pour les stimuler. En revanche, pour trouver le sommeil, il faut au contraire qu’il y ait peu de signaux visuels attirants et que tout soit en ordre et à sa place.

Après un an, ces enfants ont déjà une couleur préférée et commencent à décider comment ils veulent s’habiller. Quand ils veulent vous montrer quelque chose, il le pointe du doigt et insistent jusqu’à ce que vous ayez tourné les yeux vers l’objet en question. Au parc, ils n’hésitent pas à s’éloigner de leur parents… mais prennent bien soin de rester à portée de vue. Ils aiment observer et remarquent les détails vestimentaires ou architecturaux auxquels nous n’avions pas prêtés attention.

De 3 à 5 ans, l’enfant visuel a un avis bien à lui sur les formes, les couleurs, comment un garçon doit s’habiller et commet une fille doit s’habiller. Il joue en général avec un seul jouet à la fois puis le range. Il aime l’ordre et classe ses jouets par taille, couleur, ordre. L’aspect visuel compte aussi pour le contenu de son assiette : si ce n’est pas beau, il peut refuser de manger.

Les enfants olfactifs/gustatifs

Bébés, ils aiment les environnements calmes et réclament des routines régulières pour les repas, le bain et le coucher. Ils sont très sensibles à la moindre variation de goût et peuvent piquer des crises en cas de changement des habitudes alimentaires (par exemple si Maman allaite et a mangé des épinards alors que la veille elle avait dégusté des crèmes au chocolat !). Il est capable d’une très grande empathie, ressent les émotions des parents et pleurent lorsqu’ils sont tristes ou quand un autre enfant pleure. C’est un bébé qui a des antennes pour capter l’humeur des personnes qui l’entourent et qui ne s’endort bien qu’avec son doudou favori.

Après un an, son doudou préféré est devenu son meilleur ami. Il improvise et invente des histoires où son doudou tient un rôle d’importance. L’enfant a du mal à s’en séparer et éprouve de grandes difficultés à se séparer de ceux qu’il aime. Il est extrêmement sensible et vient câliner sa maman quand elle est triste ou faire un bisou pour consoler son papa qui s’est cogné. A table, attention ! Goûts et odeurs jouent un grand rôle, et cela devient parfois compliqué de trouver un repas qui le satisfasse.

De 3 à 5 ans, l’enfant gustatif/olfactif aime les peluches, énormément, leur parle et leur prête des émotions, comme aux animaux d’ailleurs. C’est un enfant qui sait se mettre à la place des autres et veille bien sur les plus petits. La contrepartie c’est qu’il en attend autant des autres envers lui. Il est hypersensible aux critiques et se met en colère ou au contraire pleure quand il sent que ses émotions ne sont pas comprises. Il résiste beaucoup au changement, à la nouveauté, met du temps à s’adapter. Lors des repas, il n’aime pas les mélanges, ni la nouveauté. Et il est hypersensible à la moindre gêne apporté par ses vêtements : gare aux coutures des chaussettes et aux étiquettes !

Les enfants auditifs

Bébés, ils sont très sensibles au bruit au moment de l’endormissement puis dans le sommeil. Le bruit les détourne de leurs jeux, mais ils peuvent jouer tout seul tant qu’ils entendent maman ou papa s’agiter non loin. Ils chantent, gazouillent quand tout va bien, crient quand ça ne va pas, et adorent la musique. Pour se faire remarquer, ils n’attrapent pas les bras comme un enfant tactile, mais crient. Ils peuvent changer facilement de routine, au contraire des enfants olfactifs/gustatifs.

Après un an, quand ils se mettent en colère, leurs hurlements retentissent. Quand ils mangent, assiettes et couverts cognent et s’entrechoquent. Ils portent attention à de petits bruits que personne ne remarque. Ces enfants savent parler tôt, chantonnent, apprécient les histoires qu’on leur raconte, le son des mots, les rimes et les ritournelles, les onomatopées et les répétitions. Et quand Papa téléphone, ils se sentent délaissé car ce n’est plus à eux qu’on parle.

De 3 à 5 ans, l’enfant auditif joue seul tant qu’il entend des sons familiers, et parle à ses jouets. Dans sa chambre en désordre, il lui arrive de trier et ranger puis, pendant une période; laisse tout en chantier avant une nouvelle phase de rangement. Ces enfants sont très sensibles aux intonations et nuances du langage et peuvent dire, par exemple : “Maman, je n’aime pas quand tu parles avec ta voix fâchée”. Ils aiment les histoires qu’on leur raconte, et attachent plus d’importance à la voix qui raconte qu’aux illustrations. Pour s’endormir, une routine bien codifiée les aide beaucoup, et un petit bruit inhabituel les met en alerte.

 

 

Alors maintenant, que dire de tout cela ? On pourrait penser que c’est un peu schématique. Ce l’est surement mais …l’enfant auditif… cela ne vous rappelle rien? Remontons voir au début de cet article. Le profil de mon fils ressemble à celui d’un auditif, non ? Quant à ma fille, elle doit assurément être une olfactive/gustative. Promis, cet article est réalisé sans trucage : mes enfants sont réellement comme cela, et infiniment plus encore…

 

Avoir identifié le langage sensoriel de son enfant est un atout. Prendre conscience que s’il faut 20 minutes chaque matin, pour enfiler la paire de chaussettes, ou plutôt enfiler successivement quatre ou cinq paires ajustées avec une précision millimétrique, jusqu’à trouver la bonne, ce n’est pas une punition divine destinée à vous faire rater le train pour l’école mais que cela correspond juste au mode olfactif/gustatif de votre enfant hyper-sensible, eh bien…cela peut parfois aider à rester zen malgré l’épreuve. Et ce qui peut encore plus être utile, c’est de répondre à cette question :

 

“Et vous, en tant que parent, quel est votre sens dominant ? “

 

 

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2 Replies to “Mon enfant fait trop de bruit, au secours !”

  1. Oh mon Dieu, le mien semble indubitablement tactile !
    Je comprends enfin pourquoi il refuse de s’endormir ailleurs qu’entre son père et moi, s’agrippant de l’un à l’autre jusqu’à épuisement ..:)
    C’est vrai que du côté des olfactifs/gustatifs, la punition divine relative à l’enfilage des chaussettes a l’air corsée aussi. Cela me fait relativiser ce qui se passe chez nous :))
    Merci pour cet article très intéressant qui me permet de mieux comprendre certains réactions de mon fils !

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