Aider notre enfant à comprendre ce qu’il lit

 

– “Papa, c’est bizarre, ça veut dire quoi “il va nu-pieds ?””

– “Ça veut dire que le prince a perdu ses chaussettes et qu’il marche pieds nus dans la forêt”

– “Aaaaahh…. mais il n’y a pas une faute ? On devrait dire “il est pieds nus” et pas “il va nu-pieds””

 

On le voit, comprendre un texte ne se cantonne pas juste à la lecture et au décodage des mots que l’on lit. Pour bien comprendre le texte que l’on lit, de nombreux acquis entrent en jeu. Ici, ma fille a buté sur une expression inconnue, sur une question de vocabulaire.

 

Comprendre le texte que l’on lit, un gros effort pour l’enfant

Dans notre dernier article, nous avons vu que lire c’était transformer des lettres en sons, et que de cette transformation naissait la lecture. Lire c’est entendre des lettres, des syllabes et des mots.

 

Comprendre les mots que l’on entend, comprendre les mots inscrits sur la page, sont deux mécanismes très proches l’un de l’autre. Que les enfants entendent ou lisent des histoires, ils les comprennent de la même manière. Ils tombent dans les mêmes pièges et les mêmes ambiguïtés.

 

En revanche, l’imagerie cérébrale montre qu’il y a plus de zones du cerveau utilisées pour comprendre une histoire que l’on lit que pour comprendre une histoire que l’on écoute. Il y a des zones communes qui s’activent à la lecture et à l’écoute et il y a des zones supplémentaires, spécifiques à la compréhension en lecture, qui viennent se rajouter et s’activent ailleurs dans le cerveau de l’enfant qui lit.

Comme le cerveau de l’enfant qui lit mobilise plus de régions, active plus de connexions neuronales, utilise plus de ressources que celui qui écoute, cela signifie que la tâche est plus complexe.

 

Cela se traduit par le fait que l’enfant a plus d’efforts à faire pour comprendre ce qu’il lit que pour comprendre ce qu’il entend.

 

Comprendre en lisant est plus difficile. Il faut gérer le format des textes, les polices de caractères. Plus tard, une source de difficulté supplémentaire se rajoute pour l’enfant qui n’a pas bien autonomisé ces principes de lecture : il lui faut en plus apprendre ses leçons en lisant.

 

Comprendre un texte, ou l’importance du vocabulaire

 

Compréhension en lecture1

 

 

L’enfant, pour comprendre ce qu’il lit, fait appel à :

– des savoirs statiques et intégrés (vocabulaire, syntaxe, structure…)

– des savoir-faire qui tournent en tâche de fond sans effort (mémoire de travail, raisonnement, capacité d’attention)

– des savoir-faire dynamiques, changeant, fluctuant au gré du décodage et de l’analyse des mots en cours de lecture.

 

On comprend mieux maintenant la complexité de la tâche. On la comprend mais on ne la voit pas, et c’est bien là une difficulté pour aider les enfants à comprendre ce qu’il lisent. En effet, ces moyens mis en œuvre pour comprendre un texte sont si intégrés qu’ils ne sont pas perceptibles à la fois par la personne qui lit (et qui comprend), mais aussi par l’instituteur qui veut enseigner la compréhension des écrits à ses élèves.

 

Tous les paramètres du diagramme ci-dessus ont une importance dans la compréhension des textes, mais les facteurs prépondérants pour la compréhension sont l’étendue du vocabulaire, la fluidité de la lecture et les inférences de connaissances. (Tout ce que l’on peut prédire, anticiper, deviner de l’histoire au fur et à mesure de la lecture, à partir de ce que l’on a déjà lu de cette histoire, mais aussi à partir de toutes les connaissances que l’on possède et à partir d’autres histoires que l’on a lues par le passé)

 

Alors il y a un moyen simple d’aider nos enfants : lisons leurs des histoires tous les soirs avant l’heure du coucher. Cette habitude simple a de multiples vertus. Lire une histoire ralentit le rythme des pensées, facilite l’endormissement, relie parents et enfants, apporte une motivation pour lire seul, augmente leur vocabulaire et leurs connaissances qui les aideront dans leur compréhension de la lecture.

 

 

Comprendre l’écrit, c’est aussi savoir s’exprimer

Plus le langage oral se développe, plus l’enfant parle de façon élaborée et plus il comprend ce qu’il lit. Il y un rapport étroit entre la capacité à parler et la compréhension.

 

Il faut travailler l’oral. D’abord parce qu’on n’a pas le choix ! Parler est la seule façon d’expliquer aux enfants comment résoudre leur problème de lecture. C’est aussi la seule façon qu’ont les enfants de s’auto-évaluer ou d’expliquer ce qu’ils ont lu. Il faut aussi travailler l’oral car on l’a vu, compréhension de l’oral et compréhension de l’écrit utilisent en partie le même circuit dans le cerveau. En musclant l’un, on muscle l’autre !

 

Il est important d’apprendre aux enfants à s’exprimer car, comme disait Boileau, Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement”. Essayons de bannir les mots “trucs”, “bidule” ou “chose” à la maison, essayons d’être précis et d’employer les mots justes. D’abord cela nous aidera nous dans notre communication, et cela aidera beaucoup nos enfants à structurer leur pensée. Corrigeons nos approximations !

 

L’enseignement doit être très clair, explicite. L’enseignant peut montrer son raisonnement lorsqu’il doit expliquer comment il comprend, et créer des stratégies de compréhension avec les enfants. L’enfant peut apprendre à justifier ses réponses, dire avec ses mots à lui, et prendre du recul pour résoudre des difficultés. Il faut que les élèves verbalisent, justifient et argumentent.

 

Exemple de travail d’un texte

Voici une petite histoire à utiliser pour travailler la compréhension:

 

”Sara et Abel sont allés au parc avec leur ami Noé et ils se sont vraiment bien amusés. Ils ont mangé des bonbons et de la glace. Abel a fait du toboggan. Le garçon a eu très peur car il a glissé très vite. Les deux autres ont fait de la balançoire. Sara allait bien moins haut que son copain.”

 

Et voici les questions que l’on pourrait poser aux enfants:

– Quel garçon a eu peur?

– Pourquoi a t-il eu peur ?

– Qui a glissé ?

– Comment le sait-on ?

 

Ensuite, quand les enfants ont répondu, l’enseignant doit être explicite dans ses explications :

“Le texte dit que c’est un garçon qui a eu peur mais il y a deux garçons dans l’histoire, Abel et Noé. Lequel des deux a eu peur ?”

Puis “Le garçon a eu peur parce qu’il a glissé très vite. Dans la phrase juste avant on dit que Abel a fait du toboggan, et quand on fait du toboggan, on glisse. Donc c’est Abel qui a eu peur.”

 

 

 

– Compréhension écrite et compréhension orale diffèrent. Comprendre un texte en le lisant demande un effort plus important pour l’enfant car cela mobilise plus de zones du cerveau.

 

– Lire des histoires aux enfants est un facteur essentiel pour améliorer leurs capacités de compréhension quand ils lisent un texte.

 

– L’enseignement de la lecture passe par un apprentissage d’une bonne expression orale.

 

 

 

 

 

Source : conférence de Maryse Bianco au Collège de France le 13 novembre 2014

 

 

 

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