Eduquer les adultes : la perception de la violence éducative ordinaire

 

 

J’ai discuté avec des collègues à midi. L’un deux annonça qu’il avait dû punir sa fille hier soir car elle ne voulait pas mettre son pyjama. Un autre renchérit : “Oui, moi la mienne m‘a parlé du droit des enfants. A 5 ans et demi ! Avec cette nouvelle loi, on va non seulement ne plus pouvoir punir ses enfants physiquement mais aussi mentalement. Il ne va pas trop falloir leur mettre la pression, à nos enfants. Comment on va faire ?” Et un autre encore : “Oui, on est bien obligé parfois de punir les enfants, les mettre au coin ou leur donner une petite tape.”

 

Alors j’ai dit : “Je n’ai jamais puni mes enfants. Transposez les situations à des adultes, à des collègues. Vous allez les gifler ou les mettre dans un coin quand vous n’êtes pas d’accord ? Quelque chose qui peut aider aussi, c’est de se poser la question à propos de la situation conflictuelle avec son enfant : est-ce que c’est mon problème ou son problème ? Si c’est mon problème je suis hors sujet, et si c’est son problème alors je l’aide.”

 

Il sont restés muets et m’ont regardé comme si je venais d’une autre planète. Clairement je n’ai convaincu personne, et j’ai eu le sentiment que le sujet bousculait trop leurs certitudes pour qu’ils puissent même y réfléchir.

 

La première priorité est donc d’éduquer les adultes, de sensibiliser et d’informer pour créer une prise de conscience.

 

La violence éducative ordinaire est aussi tout le sujet du film “Même qu’on naît imbattables” de Marion Cuerq et Elsa Moley, qui dénonce les violences éducatives ordinaires et développe l’exemple de la Suède, où une telle loi a été votée il y a déjà 40 ans en 1979. La Suède est aujourd’hui le pays d’Europe avec le plus faible taux de violence et l’indice de bonheur le plus élevé.

 

La violence éducative ordinaire, ce sont non seulement les coups (fessée, tape), mais aussi les cris, les punitions, le chantage affectif, les menaces et les petites humiliations.

 

L’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire rappelle que cette forme de violence qu’on pourrait croire anodine a des conséquences majeures :

– elle freine le bon développement des enfants,

– elle a des répercussions sur les futurs adultes (risques accrus de suicide, de dépression, de comportement agressif, détérioration de la relation aux autres, …)

– elle peut même se transmettre aux descendants de ceux l’ayant subi, par épigénétique.

 

Les enfants ont droit à une éducation sans violence. Les titulaires de l’autorité parentale ne peuvent user de moyens d’humiliations tels que la violence physique ou verbale, les punitions ou châtiments corporels, les souffrances morales.

 

Il s’agit de l’article 1. L’article 1 de la loi qui doit être votée la semaine prochaine et qui a pour but d’interdire la violence éducative ordinaire. Cette loi serait une avancée majeure pour le droit des enfants mais aussi une éducation des adultes. Le texte de loi prévoit en effet une campagne de sensibilisation et des actions d’accompagnement des parents.

 

Si cette loi est votée, nous serions le 55ème pays dans le monde et le 33ème pays européen à l’adopter. Il est grand temps.

 

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