Plasticité cérébrale et apprentissage

 

Afin de mieux comprendre ce qu’est la plasticité cérébrale, commençons par un petit jeu en faisant une expérience avec notre cerveau. Regardons cette image extraite du hors-série N°62 de Science et Vie Junior

 

dalmatien

 

La première fois que nous la voyons, il est difficile d’y distinguer la forme cachée. Plus nous la regardons, et plus il est facile d’extraire l’image du dalmatien du fond noir et blanc où il se camoufle. De nouvelles connexions se sont créées dans notre cerveau, des liaisons et de nouveaux chemins sont apparus entre nos neurones. Chaque fois que nous regardons cette image, nous repérons de plus en plus vite le dalmatien, nous le reconnaissons facilement, nous avons appris.

 

La plasticité cérébrale est la faculté que nous avons de créer des connexions entre nos cellules nerveuses (ou d’en supprimer), de nous transformer de l’intérieur en réaction à de nouvelles expériences et pour acquérir de nouvelles compétences. Apprendre est une métamorphose inconsciente.

 

Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses, disait également le poète Paul Eluard.

 

Ainsi, à chaque expérience que nous vivons au cours de notre vie, à chaque nouvel apprentissage, nous changeons, sans même en avoir conscience. L’apparition ou l’élimination de synapses, le nom que l’on donne aux zones fonctionnelles de connexions entre nos neurones, sont les traces de nos expériences, la mémoire de notre vécu. Et pour chaque expérience qui se reproduit, chaque événement que nous revivons une deuxième fois, chaque leçon que nous révisons, nous ne sommes déjà plus les mêmes que ceux que nous étions lors des premières expériences, des premiers événements et de la première leçon. Nous sommes un tout petit peu plus prêt à réagir, un peu mieux à même d’accueillir l’expérience qui recommence, un peu plus apte à réaliser l’exercice de calcul ou la lecture imposée.

 

Cette plasticité évolue avec le temps. Même si une activité sportive régulière et un environnement riche la favorise, mon vieux cerveau de papa n’est plus trop plastique et bien moins modelable que celui de mes enfants. Leur cerveau a eux est bien plus formidable ! C’est une fantastique machine à apprendre très sophistiquée utilisant des structures et des algorithmes statistiques innés. (Voir les cours de S. Dehaene au Collège de France sur le cerveau statisticien et la révolution bayésienne dans les sciences cognitives), capable de magnifiques intuitions sur les notions de temps, d’espace, de quantité.

 

Ainsi, le jeune enfant ne cesse d’accumuler les expériences (tout pour lui est expérience) et d’en imprimer les marques dans son cerveau, cette machine faite pour apprendre et se transformer, se façonner, se modeler (Ce sont les divers sens du mot grec plassein dont est issu le mot plasticité). L’enfant acquiert en permanence des compétences dans le domaine des nombres, de l’espace, du langage, de la perception. Lorsqu’il convoque sa mémoire, ses souvenirs, non seulement il est différent de celui qu’il était lors de l’apprentissage, mais ses souvenirs ne relatent pas exactement ce qu’il a vécu. Ils sont teintés des émotions qu’il a ressenties en vivant ces premières expériences, émotions qui influencent ce qu’il retient, ce qu’il apprend et mémorise. La joie, la récompense, la reconnaissance vont ancrer l’apprentissage dans la mémoire. Au contraire, la peur, l’angoisse, l’hostilité, ou même l’indifférence vont inhiber cet apprentissage

 

La plasticité cérébrale est modulée positivement par un environnement riche et stimulant, renforcée par nos émotions agréables, et modulée négativement par la peur et des émotions désagréables.

 

Notre cerveau a beau être modulable, adaptable, la plasticité a ses limites. Les bébés de 9 mois sont capables de discriminer la totalité des consonnes de toutes les langues du monde alors que les bébés de 12 mois ne discriminent plus que les consonnes de leur propre langue. L’apprentissage d’une seconde langue est optimal avant 10 ans. Ensuite, notre cerveau se ferme et il devient beaucoup plus difficile d’apprendre une autre langue. Cette plasticité qui se ferme, qui disparaît, est bénéfique, autorisant une stabilisation et un ancrage profond de nos connaissances dans la mémoire.

 

Nos enfants ont un cerveau modelable, où s’inscrivent les traces des expériences qu’ils traversent. La preuve apportée par la science ne révolutionne pas non plus notre savoir intuitif de parent. Je me doutais que ce que vivait mes enfants et la façon dont ils le vivent, laissait des marques chez eux ! Mais un petit étayage par la science de l’intuition parentale ce n’est pas si mal. Alors, comment exploiter ce nouveau savoir?

 

Tout simplement en stimulant nos enfants et en répondant à leur soif d’apprendre !

 

Offrons leur, très tôt, un environnement stimulant, structuré, riche d’objets, de sons, de couleurs, de goûts, nourrissons les de rencontres et d’interaction avec les autres.

 

Sollicitons les mécanismes d’apprentissage que sont l’attention, la curiosité, les encouragements et la reconnaissance.

 

Encourageons, félicitons, renforçons positivement et soulignons par des exemples précis la qualité de leurs réalisations.

 

Je ne sais pas vous mais moi j’adore apprendre et découvrir, je me sens vif et éveillé, actif et vivant. Il y a un effet jubilatoire dans l’accès à la compréhension et dans la découverte. Comme parent, nous pouvons offrir cette jubilation et ce bonheur de comprendre à nos enfants en leur fournissant un environnement ludique, intellectuel et social le plus riche possible.

 

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